Rigueur

 

Le gouvernement continue de l'affirmer, les conseillers de l'Élysée aussi: la rigueur financière n'est pas à l'ordre du jour au plus haut sommet de l'État.

 

Soit. Cela veut donc dire qu'en ces sommets, l'inconscience de la situation règne. L'INSEE vient de revoir à la baisse sa prévision de croissance pour l'année 2007.

 

Ceci veut dire que le pari chimérique d'une reprise de l'activité qui allégerait le fardeau s'éloigne. De toutes les façons, même avec une croissance de l'ordre de 2,5%, la France ne se trouverait pas en situation d'honorer un engagement qui paraît déjà trop faible à nos partenaires européens: retrouver l'équilibre budgétaire en 2012.

 

Pour y parvenir, il faudrait que, dans sa marche ordinaire, l'État parvienne à réduire de quarante milliards le déséquilibre qui existe aujourd'hui entre ses dépenses et ses recettes. Mesure-t-on bien l'importance de l'effort à fournir? Pour situer le problème, ceci: 18.000 suppressions de postes dans le budget 2008 (18.000 équivalents temps plein), génèrent une économie de 450 millions d'euros, soit 1% du déficit budgétaire constaté. Pour parvenir aux quarante milliards nécessaires, il faudra certes une augmentation de recettes fiscales que pourrait susciter une croissance bienvenue, mais il faudra aussi trouver d'autres ressources supplémentaires, ce qui veut dire augmenter significativement la fiscalité, sans négliger de diminuer drastiquement les postes de dépenses. S'il faut appeler les choses par leur nom, augmenter la fiscalité et réduire les dépenses, cela porte un nom et ce nom, c'est celui de la rigueur.

 

La seule alternative à cette situation serait de laisser la situation perdurer, c'est à dire continuer de permettre à l'État de dépenser davantage d'argent qu'il n'en gagne. Cela, qui est possible et même usuel dans la République française puisque nous vivons depuis trente ans dans les déficits, ne présenterait qu'un inconvénient, celui de braquer, et avec quelle violence, nos partenaires européens, et plus précisément ceux avec qui nous sommes engagés dans l'aventure de l'Euro. Dans chacun des pays concernés, un effort est produit pour remettre les finances publiques à l'équilibre. Il ne s'agit pas là de l'application d'un quelconque dogme mais de la mise en œuvre d'une politique destinée à maintenir la confiance dans une monnaie qui représente treize pays, tour de force, rappelons-le, unique au monde. Dans cette situation, il est inenvisageable, totalement inenvisageable, qu'un seul de ces pays se dispense, et gravement, de cette discipline.

 

Pour résumer la situation, la perspective face à laquelle se trouve l'économie française, son Etat et ceux qui le dirigent, est relativement simple. Ou bien nous entrons dans une ère de rigueur financière destinée à apurer nos comptes publics et à les équilibrer, ce qui ne s'est plus produit depuis les années soixante dix; ou nous entrons dans une période de sévère confrontation avec nos partenaires européens, au premier rang desquels se trouvera l'Allemagne, avec des conséquences difficilement imaginables sur la pérennité du seul grand projet européen concrétisé, la monnaie unique.

 

La rigueur ou la crise? Est-ce vraiment un choix?