Par Jean-François Roubaud, président de la CGPME.
Publié dans Le Figao le 12 décembre 2006
Le rapport du Cerc intitulé 1993-2005, la France en
transition a été abondamment commenté ces jours-ci. À grands coups de tambours
et trompettes, on a dénoncé une trop faible augmentation du pouvoir d'achat ces
dernières années. Accusée principale, comme à l'habitude, l'entreprise privée !
Ce faisant, on oublie quelques points qui ne sont pourtant
pas de détail.
Il faut tout d'abord rappeler la mise en oeuvre des 35
heures qui a exigé un effort colossal de la part des entreprises.
De même, il a fallu absorber l'augmentation du smic
revalorisé de 37 % depuis juillet 1997 ! Il est à cet égard intéressant de
souligner que l'État, qui imposait des contraintes drastiques aux entreprises,
se montrait dans le même temps, particulièrement généreux en tant qu'employeur.
Le résultat ne s'est pas fait attendre et en 2004, le salaire net moyen dans la
fonction publique est supérieur de 14 % par rapport au salaire net moyen dans
le secteur privé, dont les salariés ne bénéficient pourtant pas d'une sécurité
de l'emploi liée à leur statut. Autre élément important à relever : les
entreprises associent de plus en plus leurs salariés à leurs résultats. Ainsi
en 1994, elles distribuaient 1,2 milliard d'euros d'intéressement, en 2004 plus
de 5,4 milliards !
Mais surtout, et cela apparaît de manière flagrante dans le
rapport présenté par Jacques Delors, l'entreprise privée est de plus en plus le
jouet de choix politiques qui restreignent au fil du temps sa marge de
manoeuvre réelle, y compris en matière salariale.
Ainsi en 1970, les cotisations sociales représentaient 30 %
du montant de la rémunération d'un salarié. En 1994, elles étaient passées à 40
% ! Aujourd'hui le taux de prélèvement social et
fiscal au niveau du salaire moyen s'établit à plus de 71 % du salaire brut.
Et pourtant le partage salaire-profit est resté stable de 1993 à 2005.
En clair, la richesse produite par l'entreprise est de plus
en plus « confisquée » par la protection sociale. Ce choix sociétal doit être
assumé par les gouvernants de gauche comme de droite, qui en sont à l'origine.
Il se fait nécessairement au détriment de l'augmentation du salaire net.
En clair, la richesse produite par l'entreprise est de plus
en plus « confisquée » par la protection sociale. Ce choix sociétal doit être
assumé par les gouvernants de gauche comme de droite, qui en sont à l'origine.
Il se fait nécessairement au détriment de l'augmentation du salaire net.
Il pose clairement pour l'avenir la question, d'une part, de
la maîtrise de nos dépenses sociales, et d'autre part, de l'élargissement du
financement de la protection sociale au-delà des revenus du travail.
La conférence sur les revenus et l'emploi du 14 décembre ne
doit pas faire l'impasse sur ces questions.